Mesdames, messieurs,
Si je prends la parole, c'est que je n'ai rien à dire. Je n'ai pas d'avis sur la question, aucune opinion sur le débat, ni le moindre désir de développer les points soulevés au cours de cette séance.
J'ai saisi le micro au passage, et me suis dressé devant vous, non pas pour vous contredire, ni pour aller dans votre sens, mais bien justement parce que je n'ai rien à ajouter. Et cela me semble assez important pour monopoliser l'attention. Comprenez-moi, je ne prends pas la parole en vain : c'est justement parce que je n'ai rien à dire que je m'autorise à parler. Car maintenant, et pour la première fois depuis que je participe à cette assemblée générale, je n'ai plus envie de vous convaincre, plus aucune raison de mettre mon existence en jeu, de miser ma crédibilité, de craindre vos yeux et vos oreilles.
Ce que je pense, ou ne pense pas, n'entre plus en ligne de compte. Je n'ai pas besoin d'avoir raison, je n'ai pas peur de me tromper. J'ai juste le droit de parler. Enfin. Pour ne rien dire. Je ne ne me sens plus forcé, en attendant mon tour, de tourner ma langue dans ma bouche, ni de peser le pour, le contre, ni d'affuter mes arguments. Mon intelligence, ma clairvoyance, mon humanité ne pèsent plus rien dans cette balance. Je n'ai plus la peur d'être jugé sur la correction de mes phrases, sur mon vocabulaire, mes connaissances grammaticales, ni encore moins sur ma façon de m'exprimer, ma capacité à convaincre, à parler clair, sans bredouiller, témoignant par là-même d'une pensée limpide et digne d'être écoutée.
Je ne crains plus de rougir de mes mots puisque ceux-ci n'ont aucun but et qu'ils sont enfin dépouillés du sens qu'on peut, ou non, leur accorder. Nul besoin d'être crédible. Nul envie de convaincre. Et à l'instant où je vous parle, je ne risque rien de mon être.
Alors je peux je crois, vous transmettre ma pensée, dénuée d'objectifs, lavée de tout soupçon, une pensée pure, inoffensive qui témoigne en votre faveur de l'absolu sincérité qu'une assemblée tel que la nôtre me semble en droit d'exiger.
2 commentaires:
Chaque six mois, je refais le voyage. Je pars du début, et je relis, tout. Je me délecte de l'écriture, des anecdotes, du temps présent entre les mots. Je ne sais pas choisir, alors j'ingurgite tout.
Oh, parfois, il y a des morceaux choisis, plus fréquemment. C'est souvent La première pomme, Monsieur le président, Écrits à la main, De la peur ou Comment je suis devenu ringard. Ce sont parfois Ces/Ses Souvenirs parmi tant d'autres, qui me touchent beaucoup. Aujourd'hui, j'ai commencé par La Chapelle Sixtine.
Et toujours, toujours cette émotion. Jamais la sensation d'avoir trop lu le texte. Les artistes à vendre se lisent sans compter.
Surtout quand ils s'appellent Franck Zerbib.
Merci so much Charlotte.
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