mardi 8 juin 2010

La Blonde qui fait déborder le Juif

La Blonde est à la Femme ce que le Sioniste est au Juif.


Là présentement, je saute une ligne, pour vous donner le temps de bouillir.


En rédigeant cette équation j’ai déjà mis ma tête à prix. Perché sur mon affirmation, j’entends tous ces bons sentiments qui grincent des dents derrière l’écran, qui rêvent d’en découdre au scalpel, et dont les arguments s’aiguisent sur le fusil de l’alphabet.
Prêts à mitrailler vos claviers pour ne faire qu’une tranche de ma peau ? D’accord. Rentrez-moi dans le lard. Une livre de chair en cadeau à qui aura le dernier mot.


Pour tout avouer et être honnête, je trouve moi-même cette comparaison hasardeuse. Le sort des juifs ? Le sort des femmes ? A priori aucun rapport. Aucun historien, ni aucun sociologue sérieux n’oserait établir un parallèle scientifique entre ces deux ensembles distincts.
Mais passés ces doutes légitimes, force est quand même de constater que femmes et juifs se partagent équitablement la première marche du podium des horreurs de l’humanité. 
Ceci étant avéré, et même en prenant en compte le fait qu’il n’existe aucune relation tangible, de quelque nature que ce soit, entre les persécutions millénaires des juifs et celles, tout aussi millénaires, des femmes, on peut quand même s’interroger, et relever ici ou là quelques point communs singuliers.

En premier lieu, bien sûr, l’aspect à la fois universel et intemporel de ces persécutions. Elles réconcilient les peuples et effacent les frontières mieux que n’importe quel idéal humaniste. Partout et de toute éternité, «l’Homme» a toujours eu sous la main une Femme, un Juif ou une Femme Juive pour défouler ses pulsions.

De plus - et c’est un autre point commun - ces pratiques ancestrales résistent sans trop de difficultés à toute forme d’avancée morale. On peut effectivement constater que dans leurs professions de foi, nos sociétés occidentales tentent d’éclairer la mémoire de leur passé obscurantiste. Aujourd’hui, en France, être une femme ou un juif est beaucoup moins dangereux qu’autrefois. Au-delà des discriminations d’usage (qu’on pourrait presque qualifier de traditionnelles) certaines femmes et certains juifs vont même parfois jusqu’à penser que leurs malheurs sont derrière eux, et oublient pendant quelques temps l’ombre de l’épée qui oscille au dessus de leur tête, prête à leur traverser le cerveau au détour d’une rue isolée. 



Mais de ces ressemblances troublantes, une me paraît sortir du lot et mériter votre attention : Le glissement du vocabulaire. Comme je l’ai déjà souligné, il n’est plus du tout de bon ton, dans nos démocraties modernes, de conspuer ouvertement femmes et juifs en place publique. Les gémonies ont fait long feu. Politiquement, ce n’est pas correct. Légalement, c’est un délit.

Pourtant la tentation est grande. Et pour contourner ces obstacles, les vieux démons à la peau dure se sont mués en caméléons. À présent pour être poli, on ne dit plus Connasse mais Blonde. On ne dit plus Youpin mais Sioniste. C’est plus joli, c’est plus fleuri. Ça pue moins le cadavre exquis.
Au chaud dans leur nouvelle enveloppe, les préjugés sont protégés. Ils peuvent passer inaperçus, franchir les pensées sans passeport, pour continuer, en toute impunité, de se propager incognito, la bave aux lèvres. Éperonnant leurs Chevaux de Troie, ils caressent le poil de la bête immonde et préparent leur grand retour vers des lendemains qui chantent faux. 


4 commentaires:

Anonyme a dit…

Franck, je t'aime.
Voilà, c'est dit. Il est magnifique ce texte!

Franck Zerbib a dit…

Cher Anonyme, je suis touché. N'ayant que très peu de lecteurs, et encore moins de retours, ce genre de commentaires me poussent à croire que je n'écris pas en vain, ni complètement seul. Mille mercis donc pour ces mots doux.

Anonyme a dit…

J'adore !!! J'adore la façon dont cela est écrit, j'adore la façon dont le sujet est traité ... bref Franck continue à écrire !!!

Anonyme a dit…

je suis juive, ratonne, youpine, youtre et souvent sale...sioniste, ça on ne me l'a pas encore sorti...j'attends avec un pif (sémite) euh, pic et un fanal.
que de poésie, que de lucidité; vraiment c'est du grand art.
Et vive les bouts coupés!!
Hélène