CE N’EST PAS UN PETIT SUJET, LA PETITE ENFANCE.
Dans le flot ininterrompu des actions mises en place par le gouvernement actuel en vue de réduire les effectifs et le coût du service public, les défenseurs des droits sociaux commencent à perdre pied, boire la tasse et se noyer.
Après les lycées, les collèges, la santé et la culture, voici le tour de la petite enfance. Ça ne fait pas la une des journaux (certainement trop occupés à traiter LA rumeur du moment), mais les crèches ont du plomb dans l’aile.
Dans le silence et l’indifférence générale, on est en train de démanteler un service déjà bien amoché. Ceux d’entre nous (et ils sont nombreux) qui ont tenté un jour ou l’autre de bénéficier d’un mode de garde pour leur petites têtes blondes ou noires, ont tous été confrontés à cette loterie angoissante. Trop d’enfants, pas assez de place. Ils ont dû gravir à mains nues le parcours du parent combattant, pour bien souvent se retrouver en plan, gros jean comme devant, avec leur bébé dans les bras.
Et pourtant cette situation, déjà inacceptable dans un pays démocratique, est en passe d’empirer...
Le gouvernement se défend en évoquant, encore une fois, la réalité économique et le souci d’efficacité. Mais la décision d’amputer les dernières pierres de cet édifice dépasse de loin cet argument. Il s’agit, n’en doutons pas, d’un objectif politique assumé, et qu’on peut résumer ainsi : renvoyons les mères au foyer.
Car l’accès à un mode de garde, facilité et à moindre coût est une des conditions nécessaires (mais non suffisante) à la libération des femmes. L’accès de ces dernières à l’emploi est une des garanties principales de leur autonomie, de leur citoyenneté et de l'égalité des chances, dans une société qui malgré toutes les avancées de ces dernières décennies, peine à sortir du modèle patriarcal.
Il suffit d’observer les structures mises en places dans les démocraties nordiques, (qui font figure de modèle en ce domaine), pour se rendre compte que l’accès des femmes au travail dépend essentiellement des moyens mis en œuvre par les institutions. Ce n'est pas une affaire privée mais bien une affaire publique.
Alors, qu’en sera-t-il dans quelques temps, quand les crèches déjà surchargées seront devenues des services de luxe réservés à quelques privilégiés ? Nous risquons de nous voir submergés par un véritable «effet domino», les assistantes maternelles indépendantes ne seront plus assez nombreuses pour accueillir décemment la foule des bébé lâchés dans la jungle des villes, les garderies seront débordées etc.
Au bout du compte, les femmes (car ne rêvons pas, ce sont bien elles qui seront confrontées à cette question) se retrouveront de force face un choix cornélien : travailler ou garder l’enfant à la maison.
Que pensez-vous qu’elle choisiront ?
Et c’est tout le tissus social, économique, tout notre idéal égalitaire, toutes nos valeurs fondamentales qui s’en trouveront ébranlés.
Nous repartirons en arrière, à l’époque d’avant la pilule, quand la seule destinée possible pour une jeune fille «comme il faut» était de vivre sa maternité avant de pouvoir rêver sa vie.
Alors le combat inégal qui se profile aujourd’hui, entre les professionnels de la petite enfance et le gouvernement, n’est pas seulement celui d’une corporation qui cherche à préserver ses droits et ses conditions de travail (même si ces revendications sont légitimes), face des enjeux économiques, mais un véritable bras de fer entre deux visions politiques qui détermineront notre avenir.
Non. Ce n’est pas un petit sujet, la petite enfance. Ce n’est pas une petite lutte. C’est la condition sine qua non de l’égalité hommes/femmes. Une des clés de voûte de notre démocratie. Déjà bien fissurée.
Nul doute que si on la retire, le ciel nous tombera sur la tête.
Pétition à signer sur pasdebebesalaconsigne.com
Franck Zerbib.
Issy les Moulineaux, 7 avril 2010.
2 commentaires:
C'est tellement mieux quand tu es sérieux. Tes textes sont très intéressants et très bien écrits. Pourquoi ne pas faire un album dans ce style ? Ton album n'était qu'une grosse blague ... deviens sérieux et j'achèterai ton prochain album. Enfin bon, ce n'est que mon point de vue. Quoi qu'il en soit, tu as du talent, c'est indéniable.
Merci d'avoir pris le temps de lire ces texte et de donner votre avis.
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