jeudi 15 janvier 2009

Ecrit sous un masque

J’étais assis dans cette pièce rose où la peinture s’effilochait. Plié en deux sur la cuvette, j’avais un ver dans les boyaux qui vomissait des SOS. Ensuite les toilettes débordaient. Ma merde m’engluait les chevilles. Je voulais m’essuyer mais le papier était mouillé. Une matière visqueuse et infecte. Au fond de ma gorge résonnaient les cris angoissés des hoquets que mon estomac contractait, en vain ; je dégueulais du vide. J’entendis gémir une poulie. Une trappe s’écarta sur ma tête et il se mit à pleuvoir : le plafond me chiait dessus ; des citernes d’excréments. Si je n’avais pas serré mes dents pour éviter d’en avaler, j’aurais pu hurler à la mort. A la recherche d’une issue, mes bras poisseux gesticulaient et soudain j’agrippai un fil électrique agrafé au mur. Il n’était pas assez solide pour me hisser vers la surface, mais je n’avais nul autre espoir auquel accrocher ma survie. Je le longeai du bout des ongles en retenant ma respiration, jusqu’à ce qu’il arrête sa course. Alors je découvris un trou creusé dans un recoin du mur.
Et j’aperçus le petit point rouge.
Qui clignotait.

Pour accoucher ces quelques lignes j’ai mis un masque de chirurgien, enfilé des gants de vaisselle et caché mes yeux maquillés derrière une paire de lunettes noires. J’ai enfoncé dans ma bouche un accessoire sophistiqué qui dénature mes cordes vocales.
Mes phalanges patinent sans arrêt sur les mauvaises touches du clavier. Collectionnent les fautes de frappes. Mes doigts ont encore une fierté qui veut me battre au bras de fer. La pièce est noire et mes paupières épileptiques. Seul l’écran éclaire mon visage.
Si je me cache à la lumière ce n’est pas par timidité. De toute façon il est trop tard. Je suis irradié au grand jour sous le crachat des projecteurs. Une mouche collée dans la toile.
Six milliards d’yeux, ça fait du monde.
Impossible de s’y dérober.
Vous avez tous vu ces images.
Monstre de foire, assis au fond de ma baignoire je transpire seul dans ma doudoune, fenêtre close et portes blindées, lumière éteinte, rideaux tirés. Une fois que j’aurai fini de taper, je cliquerai sur « envoyer » et détruirai l’ordinateur. Puis je passerai l’aspirateur, partout et jusque dans les trous, j’inonderai à l’eau de javel, foutrai le feu à l’appartement, et hop, envolé. Je changerai d’identité. Le temps qu’un autre prenne ma place au sommet de l’actualité.
Un jour, qui sait, vous m’aurez sans doute oublié, mais ce ne sera jamais assez.
Loin des regards, je continuerai à m’enfouir, aussi longtemps que quelque part existera le moindre rire.

Anduze/Issy les Moulineaux, 23-12-08/15-01-09

2 commentaires:

thomas a dit…

Je ne sais pas si tu attends des commentaires, mais allez, je me lance.
Tu vas prendre ça pour un compliment, mais tout comme devant un film de david lynch, je suis parfois perplexe après la lecture (voire même la relecture) d'un de tes textes ; c'est le cas pour celui-ci. Il me laisse une impression... (de caca bien entendu puisqu'il est clairement mentionné!), mais aussi d'angoisse, de parano, de délire. Comme c'est souvent le cas après la lecture de tes écrits, je ne sais pas à quoi de réel relier ce que je viens de lire, et il me reste une sorte de point d'interrogation, des questions genre "pourquoi?" ou bien "que veux-tu dire?" Questions qui sont presque immédiatement refoulées parce que ce serait peut-être mal de les poser. Peut-être que ce serait délétère pour la destination du texte... Connaissant ton goût pour la poésie, je tente un apaisement en me disant qu'il faut que je me contente du petit goût, de l'impression que la lecture m'a laissés, et que je renonce à saisir le sens caché (y en a-t-il un ? mais : non, je ne pose pas la question!). Peut-être qu'après une sorte d'imprégnation, j'aurai la gratification d'une sorte de révélation...Quel travail! Tu es exigeant M. Zerbib.
Avec toute mon amitié.
Thomas.

WacsiM a dit…

Etrange.