vendredi 5 décembre 2008

A qui je m'adresse ?

Deux nuits dans le crâne, comme des chansons qui collent aux dents. Des phrases qui se pondent toutes seules, qui m'enchaînent aux barreaux du lit, alors je tourne en boule de nerfs, et je respire aussi plus fort, à la recherche d'un panneau vert, cerclé d'ampoules. Je voudrais tout laisser tomber, relâcher le morceau et dormir, sans plus essayer de savoir pourquoi j'ai commencé cette route, ni comment je dois la poursuivre, ni où est la prochaine étape.
Voilà une question qui m'échappe : à qui je m'adresse ?
J'ai perdu le fil au fil du temps, à force d'essuyer des refus, des sourires qui n'en disent pas long, et des oreilles qui prennent le large, je me retrouve avec des mots qui ne savent plus ce qu'ils doivent dire, qui tombent à plat les pieds dans le coeur, impuissants à toucher le fond.
Je sens comme le désir s'étiole, et pourtant je ne sais rien faire d'autre, je suis coincé dans ma structure, il est trop tard pour me renier, pour choisir un autre croisement, je me dois de continuer, même dans le vide ou le néant. S'il me faut combattre des moulins, avant d'y égarer mon souffle, alors je m'y casserai les poings, histoire de ne pas mourir tout de suite.
A qui je m'adresse ?
J'ai cru pouvoir me libérer, même, comme on dit, communiquer, donner ce que j'avais de meilleur, et ne pas avoir peur du pire, absorber, contempler, recracher en vocabulaire, en rimes en prose en pieds en vers, et contre tout rester ouvert ; j'ai pris sur moi, j'ai travaillé, comme une fourmi dans un calvaire, avec l'espoir de m'y retrouver. Mais j'ai dû perdre une flamme en route, à trop vouloir le feu sacré, je m'y suis consumé les ailes. Il ne suffit pas de me plaindre, mais seulement de me laisser faire, d'assumer le poids solitaire où je me suis décomposé.
On ne crée jamais pour personne, et on ne crée jamais pour soi-même, voilà les deux chevaux de batailles où mes poignets sont encordés ; chacun me tire de son côté, jusqu'à me déchirer la tête, tant et si bien qu'en plein milieu, je suis tout le monde et plus personne.
A qui je m'adresse ?
Si j'écris comme on dit "pour moi", alors autant me faire ermite, me masturber seul dans une grotte, loin des oreilles et des cerveaux. Quel sens auraient alors mes mots, enfermés à perpétuité ? Quel sens aurait alors ma vie, si elle devait tourner en boucle, et se nourrir de sa substance, comme un cannibale dans le désert ?
Si j'écris comme on dit "pour vous" alors autant me prostituer, vendre mon âme à tous vos diables, vous caresser dans le sens des poils. Je pourrais comme certains le font vous conforter dans vos combats, vous faire croire que vous êtes géniaux, et plonger dans la démago pour faire mon argent sur votre beurre. Quel sens auraient alors mes mots, aux enchères et au plus offrants ? Quel sens aurait alors ma vie, si elle devait se plier en quatre, et se conformer à vos goûts, comme le menu d'un restaurant ?
Il me faut mordre la ligne blanche sans cesse, me chercher, me trahir, résister et céder.
Me voilà remis à ma place.
Impossible.
Le cul entre deux fesses.
Mais à qui je m'adresse ?
Issy les Moulineaux, 30 mars 2007

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