Le trait clignote et alors ?
Je recule mon fauteuil à bascule et j’attends, le regard rivé sur le trait, que quelque chose s’anime, derrière lui, et en moi, une image ou un sens. L’appareil photo près du scotch, c’est un fait que je ne peux nier, tout comme la présence de ce livre, qui rêve sous une couverture bleue. Deux langues en papier s’en échappent. Il n’y a rien à ajouter, à part la table, et les objets qu’elle pose, deux photos aimantée qui resteront - quoiqu’il advienne ailleurs - immobiles.
J’essaie d’éviter les questions, et la pression de ce qui pousse, mes plantes au fond et en surface, les jours qui me dépassent du dessus. Nul besoin d’espérer trouver une solution dans le ciel. C’est un plafond qui m’abrite, des murs qui me contiennent.
L’extérieur est toujours en moi ; ci-joint la frontière de mes yeux.
Il était une fois ça, me dis-je, ici quoiqu’il advienne, toujours à la même place, que je bouge ou me pose, je me transporte et me subis, me poursuis sans cesse à la trace, mes bras, mon coeur, ma tête me collent aux basques où que j’aille, ou pire encore, si je ne vais nulle part, ils me poussent vers l’avant.
Rien d’autre à faire, que d’être avec les choses.
Le répertoire en carton, appuyé sur un montant métallique, renferme des noms propres, des adresses et des chiffres, des gens plus ou moins oubliés dont il ne reste pour certains, rien d’autre qu’une trace sur cette page. Des souvenirs à peine effacés. Des corps alignés.
…
Le trait clignote et quoi ?
…
Des mots viendront peut-être, pour repousser l’instant, m’empêcher de rester assis, le regard vide sur les cahiers alignés. Une facture d’électricité. Ma carte bleue est toujours grise, à côté du pavé de post-it. J’approche mon fauteuil à bascule, comme si ce geste avait un but, signifiait quelque chose de neuf, une motivation, un désir, une idée. Non, ce n’est qu’un mouvement comme tant d’autres, sans fond et sans forme, qui existent avant qu’on ne les ait voulus. Tant de déplacements nous précèdent, trop de pensées nous entraînent. Difficile d’être entre deux eaux. Trouver le mot juste, la direction adéquate, le sens exact est impossible, une fuite sans cesse renouvelée, vers l’avant ou en arrière, les heures nous tirent par les deux bouts, sans jamais nous écarteler. Notre résistance force le respect. Puis nous mourons.
…
Le trait clignote, et voilà.
…
Autant de fois qu’il le faudra, que je voudrais le répéter. Et si je n’écris pas maintenant, qu’importe.
Au commencement tout se ressemble, c’est après que les choses se gâtent, s’embellissent aussi par endroits, façonnées sans raison valable. Si je m’arrête, c’est le silence, à part un peu de vent vers la grue, de temps à autres, un clapotis. Le ronronnement de la tour en plastique. Le bourdon vague du périphérique.
Des sons. Des images. Odeurs et cætera. Objets et projections. On ne s’échappe pas facilement.
Je ne suis pas seul, ni nulle part. Alors je deviens quelque chose. Le reste est une histoire de mots, de sang et de respiration.
Juste un trait qui clignote.
Issy les Moulineaux, 7 juillet 2008
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