Quelque part dans une autre pièce, une enfant pleure. On en finit jamais d'avoir des devoirs à faire. Mon café refroidit, une télé ronronne, et le soleil bat des cils dans les rideaux, comme une princesse de cinéma.
Hier, c'était la foire, la fête foraine perdue au pied des montagnes, dans ce petit village qui explose en été et survit en hiver. Ici, en décembre, le père noël est dépressif. Près des manèges donc, une drôle d'ambiance dont ne sait s'il faut en rire ou en pleurer. Les baraques à churros sont désertées, et je me sens comme les pinces automatiques au dessus des nounours, je n'arrive pas à m'accrocher. Menteur. Je vends de la mélancolie. La vérité est que je m'éclate avec les gosses, dans le torrent infernal, dans la chenille qui redémarre, et j'avale des kilomètres de réglisse USA. On passe sans cesse d'un tube à l'autre, des années 80 à l'an 2006, ça groove dans les enceintes des forains, allez viens boire un petit coup à la maison, elle me contrôle, agadou dou dou, pousse l'ananas et moult le café, hot stuff, last night the DJ saved my life, un mouton un boulon une abeille et me voilà au pays des merveilles, bref, on se fait le panel en en entier, jusqu'au plus moderne : façon sex.
Vous connaissez "façon sex ?" Vous êtes vraiment ringard, merde, c'est LE tube de la rentrée. Sur la pochette, on voit deux clones en plastique genre Nip Tuck, qui fixent l'objectif avec profonditude, sensualitude et professionalitude. Deux vrais canons de beautés, premiers prix du salon de l'agriculture.
Les paroles du hit, franchement, je ne les calcule pas. Ce que je sais, c'est que le refrain fait rimer "sans complexe" et "façon sexe" et que ça cartonne chez les moins de 10 ans. Ecoutez, je ne suis pas papa pudeur, je n'appartiens à aucune ligue fondamentaliste, et pour tout dire je suis plutôt cochon moi même, mais là... voir ces gosses beugler "vas y sans complexe, façon sex " en bouffant de la Barbapapa, ça me donne envie d'adhérer à une asso ultra catho. Sans rire, on est où ? Sur quelle planète ?
Si ça continue comme ça, bientôt, nous verrons des tétines en forme de bite dans la bouche des nourrissons.
Ce n'est plus la libération sexuelle. C'est l'aliénation du cul...
Bon, je vais pas épiloguer dix pages, mais bon, je vous en prie, donnez leur juste un peu de poésie... ce qu'il faut de pudeur, d'innocence et de tendresse pour alimenter l'enfance, et sublimer plus tard la découverte du reste.
Ça y est... je suis un vieux con.
Issy les Moulineaux, 17 septembre 2006
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