J'ai des choses à dire, que je dois taire. Ici s'arrête ma liberté.
Je dois avouer que je suis lâche, car personne vraiment ne me force au secret, si ce n'est mon propre intérêt. Car ces choses, pour aussi vraies qu'elles soient, risqueraient fort de me péter à la gueule si je les dévoilais. Ce sont des choses que personne ne veut vraiment entendre, des choses que je sais, que j'ai vues, mais que je dois contraindre au silence. Sur ce sujet précis mon avis n'intéresse que moi, et pourtant, Dieu sait, s'Il existe, que j'ai envie de lâcher le morceau.
Il y a longtemps, j'étais naïf. Je croyais que rien ni personne, jamais, ne pourrait me contraindre au silence. J'avais choisi le bon métier pour tout dire, et j'étais prêt à en payer le prix. Mais des années me sont passées dessus, et je me retrouve coincé entre le marteau et l'enclume, condamné à fermer ma grande gueule sous peine de me la faire écrabouiller.
Alors voilà, je reste seul avec ces choses, qui au fond, d'ailleurs, ne sont pas si importantes. Je garde mon clapet fermé à double tour, dans le tiroir d'une armoire en béton enterrée mille pieds sous terre. Je me console avec l'espoir du temps, comme ces innocents dans les prisons espèrent la preuve qui les blanchira. Et puis, je ne me résigne pas, puisque je peux écrire ce que j'écris, c'est à dire, dire que je ne peux pas dire ces choses mais que j'en ai envie. Cela me suffit pour l'instant. Finalement, c'est peut être même plus intéressant. Car si je pouvais dire ces choses, telles qu'elles sont, sans me cacher, peut-être qu'en plus de me retomber sur le nez, elles n'auraient pas beaucoup d'intérêt. Leur intérêt réside sans doute plus dans le fait que je ne peux pas les dire que dans les choses elles-mêmes, et pour mieux expliquer cela, je devrais avouer le pourquoi du comment de mon silence contraint et forcé. Et je ne le peux pas.
Certains penseront sûrement : pourquoi nous faire chier avec tes secrets ? si tu ne peux pas en parler, à quoi bon nous mettre l'eau à la bouche ? pardon, mais pour le coup, ce n'est pas à vous que je m'adresse. Et si je publie ces mots sur cette page, c'est que je suis assez mégalomane pour espérer qu'ils aient un sens pour quelqu'un. Si ce n'est pas le cas, ce n'est pas plus grave. Ils resteront lettre morte.
Issy les Moulineaux, 26 mars 2007
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