C'était les vacances. Les vacances sont finies. Je rentre chez moi. Mais chez moi n'est plus chez moi. Ce n'est pas non plus chez quelqu'un d'autre. Ce n'est pas chez ma voisine du dessous qui possède une console en merisier sur laquelle trône un napperon de dentelle crochetée de petits doigts. Non, c'est autre chose chez moi. C'est devenu ailleurs. Dans l'entrée, il n'y a plus de moquette. Un banc de sardines roses. Elles ne sentent pas le poisson, plutôt le punch coco, et elles se font griller le maillot, avec Glamour dans les palmes d'or. Devant moi, le couloir. La porte en contreplaqué est couverte de lichen tressé. Elle s'égoutte comme une serviette de plage. J'avance entre les murs, et je m'aperçois qu'entre les lais du papier peint, mes amis Jean et Florence font des hamburgers à la chaîne. J'ai une araignée au plafond. Deux frelons qui font l'amour derrière la vitre de la petite chambre bouleversée. Le lit a disparu lui aussi. Il y a un berceau à la place, rempli de coquilles d'œufs. J’entends quelqu'un qui pleure au loin, derrière les cloisons, à l'autre bout de la ville, sous un sapin de Noël. Je me souhaite la bienvenue. Le rayon de soleil est d'accord. Pourquoi ne pas éclairer ces murs où dansent des cœurs tout verts ? Je fais les coins du popotin, dans le couloir qui n'en est pas un, et j'envoie une bise au passage à mes ami Jean et Florence qui font sauter des frites au four. La salle à manger est blindée de love, de glace à la vanille et ma femme danse du ventre avec un ballon de basket en sucre. Le groupe Justice est aux platines, et le sol est jonché de mer. Dans une boîte fermée à clé, je tombe sur Aragon, en noir et blanc et en 1975, il m'adresse un baiser des doigts, au loin me suive, la tendresse d'Ulysse, après une douce traversée des eaux, tu retournes à la normale, avec du sable plein tes yeux
Issy les Moulineaux, 8 septembre 2007
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