vendredi 5 décembre 2008

Chose des sables

C'était un matin de la fin septembre, juste au bord de l'automne. Le ciel avait changé de couleur derrière la fenêtre de ma chambre, délaissant sa robe bleue pour un pantalon gris. Dans l'air flottait le parfum nostalgique de la rentrée des classes, un air humide, une lumière tendre, et le vent lâchait de gros soupirs dans les arbres encore verts, mais déjà résignés à jaunir.
C'était un de ces matins où l'on attend le bus pour partir à l'école, où l'on respire les essences du gazole, euphorique et résigné, en révisant son contrôle de français.
J'étais debout dans mon caleçon, à 33 ans. Je n'étais plus un enfant. Mais ce n'était pas le plus important, ni le plus étrange.
En décapsulant ma boule de chaussettes propres, un peu de sable est tombé sur la moquette, du sable fin et blanc, comme on trouve sur les plages des cartes postales. Comment avait-il pu se loger là ?
Trop endormi pour éluder ce mystère, je poursuivis ma traditionnelle préparation matinale, et me dirigeai donc vers la salle de bain, où la pomme de douche et la brosse à dents patientaient depuis la veille. En appuyant sur le tube de dentifrice, je ne me rendis compte de rien, mais en attaquant le récurage méticuleux de mes ratounes, je sentis une foule de petits graviers dans ma bouche. Du sable encore... Je recrachai la mixture, et me rinçai immédiatement la tronche sous l'eau calcaire du robinet. Je la trouvai étrangement salée. J'attrapai alors ma serviette de toilette, mais elle s'était transformée en drap de bain.
Pendant la nuit, ma douche s'était changée en cocotier, mes cuillères en coquillages, et partout dans mes tiroirs, dans mon café, dans mon manteau et dans mes poches je trouvai du sable encore, des crabes, des tubes de crèmes solaires et de l'écume encore blanche. Mon lustre rougissait comme un coucher de soleil, mon ordinateur se prélassait en bikini, et en décrochant mon téléphone, je n'entendis pas la tonalité, mais le rire des mouettes en plein vol. Dans le miroir, ce n'était plus moi non plus, mais Mike d'Alerte à Malibu, et ce que je prenais pour ma sacoche n'était rien d'autre qu'une bouée de sauvetage. Je sortis en courant, histoire d'aller me remettre les idées en place au café d'en face, mais il n'existait plus. Je trouvais une paillote abandonnée dans la rue, des parasols au lieu des réverbères, des surfeurs à la place des piliers de comptoir, et puis du sable encore, qui dévorait tout, pire qu'un désert, du sable qui tombait en pluie, sur les trottoirs qui faisaient des vagues, et sur les troupeaux de méduses qui hier encore, n'étaient que la jolie pelouse du parc...
Je voulus prendre le métro, mais montai sur un bateau, et je disparus en pleine mer, en pleine tempête, jusqu'à me noyer dans un verre d'eau...
Issy les Moulineaux, 30 septembre 06

0 commentaires: